Football ashram ou football champagne

Football

L’Indian Super League, le nouveau championnat de football indien, s’est terminé il y a quelques semaines après trois mois de compétition. L’Inde n’étant pas un pays de football, comment les supporters et fans de foot ont-ils réagi à l’expérimentation ? Voici quelques impressions de stade.

 

Inde et football n’ont jamais fait bon ménage. Il y a certes beaucoup de fans de foot européen, surtout dans le nord du pays, mais au niveau sportif, l’amateurisme des joueurs, le niveau médiocre des compétitions et le niveau désastreux de l’équipe nationale font que le salut footballistique ne peut venir que de la télévision qui diffuse des matchs européens.

De plus, le cricket phagocyte l’esprit des fans de sport, bouffe l’espace médiatique et le bon niveau de l’équipe nationale exacerbe le sentiment nationaliste hardcore des Indiens.

 

Et pourtant récemment, il s’est passé un truc. Plusieurs forces se sont réunies pour créer un championnat de foot à 8 équipes, avec à la manette des stars de Bollywood, des businessmen bourrés de fric, des sociétés de divertissement internationales et des anciennes gloires du football étrangères.

L’Indian Super League est née et, après trois mois, s’est terminée il y a quelques semaines par la finale entre les Kerala Blasters et l’Atletico de Kolkata remportée par ces derniers (un peu miraculeusement il faut le dire) dans les dernières secondes.

 

Je ne vais pas parler de l’aspect sportif, des anciennes gloires européennes sur le retour ou du niveau parfois fantaisiste ; je ne vais pas parler non plus de l’aspect économique, du paquet de fric investi et du marketing coloré: un paquet d’articles ont été écrits dessus et je ne vais rien apporter de nouveau.

 

En revanche l’expérience de stade vaut son pesant de cacahuètes.

 

Impressions du stade : errance, ponctualité et comestibilité

 

L’arrivée au stade est déjà quelque chose d’intéressant. Tout est tellement mal indiqué que vous êtes constamment bousculé par des gens courant dans toutes les directions, et repassant plusieurs fois dans les mêmes endroits, complètement paniqués après de longues minutes d’errance. Des gens désespérés entre les vendeurs ambulants qui s’époumonent, les fans qui chantent et se prennent en photos et le bruit assourdissant des hélicoptères de célébrités qui se succèdent près du stade.

 

Les matchs commençaient généralement à 19 h. Pas à 19 h 15 ou 23 h 12, non, 19 h précises. Et ça, c’est une petite subtilité qui échappe à une grosse partie des spectateurs, habitués au concept d’horaires extensibles dans leur vie quotidienne. En effet, pour le premier match, le stade était à moitié vide au début de la première période et s’est rempli d’un coup à la mi-temps.

Heureusement que mon escroc d’électricien n’est pas venu, il serait sans doute arrivé à minuit…

 

Les terrains des stades sont ovales, car dédiés au cricket, donc en plus d’être assez loin du terrain, on se demande parfois à quel sport on assiste…

 

football

 

J’ai pu aller dans différents types de tribunes : les normales, les VIP, et la super VIP.

Les premières sont constituées de gens normaux qui aiment bien le football.

Les secondes sont constituées de gens normaux qui aiment bien manger et discuter en face d’un match de football (un plateau-repas plutôt dégueulasse y est disponible)

La dernière est constituée de gens pas normaux (stars de Bollywood, industriels véreux, ou femmes d’hommes d’affaires européens dont la peau est brûlée par le soleil de Bombay) qui aiment bien manger en face d’un match (généralement de la bonne nourriture), boire une bonne bière à la mi-temps et sont persuadés qu’assister à un match de football est la dernière tendance chic et cool.

 

Autant vous dire que pour cette dernière expérience, le spectacle était plus dans les tribunes et au bar que sur le terrain (c’était quel match déjà?)

 

La finale : les feux d’artifice de l’ennui

 

La finale était intéressante ; pas sur le terrain où c’était plutôt soporifique, mais avant le match, après le match et autour du match.

Au début de cette finale – qui se déroulait donc dans un stade de la banlieue de Bombay – tout le monde s’est levé pour chanter l’hymne national. Soudain, un petit gars tout maigre et peinturluré aux couleurs de l’Inde déboule de je sais pas ou, se place en face des tribunes et agite frénétiquement un drapeau 2 fois plus lourd et 4 fois plus grand que lui. Sous les flashs des appareils photo, il a une tête d’illuminé, hurle comme un détraqué et se déplace comme un névrosé.

Cet exemple montre que, en Inde, détenir un drapeau géant du pays permet un n’importe quel maboul de se balader librement.

Bon à savoir.

 

Peu après, une mascotte débile mi-chien, mi-tortue préhistorique, déboule sur le terrain et se met à danser à courir et danser. Tout le monde est content, l’ambiance est bon enfant.

Mais ça ne dure pas longtemps. Sans que je comprenne pourquoi, tout le stade se met à hurler soudainement et les gens se transforment en détraqués, le visage tordu par la folie et le corps tremblant frénétiquement.

La raison : Sachin Tendulkar.

Ce petit bonhomme au sourire sympathique est le meilleur joueur indien de cricket de l’histoire – donc autant dire, l’égal d’un dieu – et est aussi propriétaire d’un club de foot. Donc quand il a fait un tour de terrain pour saluer ses fans, je peux vous assurer que le plus beau but marqué par la plus belle équipe aurait engendré un simple chuchotement comparé aux clameurs assourdissantes des spectateurs qui apercevaient la superstar.

 

Puis, viennent les classiques feux d’artifice, danseurs avec ballons, chants guerriers, et mascottes en tout genre. Un spectacle de match de foot classique, ringard et bruyant.

 

La finale en elle-même était assez ennuyeuse, les gens ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : l’excitation, des premières minutes, passée ou chaque petite action est encouragée avec force passion, les gens ont finalement réalisé que rien de vraiment excitant ne se passait et sont tombés dans une apathie faite d’attente, de mangeaille, de discussion et de selfies.

La défaite des Kerala Blasters, quoique, injuste et surprenante, ne semblait pas particulièrement amère pour les supporters du club, et même les gagnants, satisfaits, n’étaient pas dans un niveau d’euphorie particulièrement élevé.

 

Bref, tout le monde était bien content, le foot c’est sympa, l’ambiance est bonne et familiale, mais même si la ferveur est bien là (on est en Inde, c’est normal), une passion massive pour le foot mettra probablement quelques années à s’installer.

Et puis, le foot c’est bien joli, mais dans un mois et demi commence la Coupe du monde de cricket avec le match Inde-Pakistan le 15 février…

 

NB : Voici un excellent post de blog sur le premier match du Mumbai City FC

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