Les potes ou les toilettes : quelles sont les commodités des « bidonvilles » ?

Maximum city

Les habitants des « bidonvilles » de Mumbai ont une vision bien à eux du confort et des commodités : le fait d’être entouré de leur communauté est une « commodité » plus importante que la modernité de leur maison.

Maximum City est un livre écrit par Suketu Mehta et publié il y a 10 ans, en 2004. C’est un livre incroyable qui aide à comprendre le merdier et la folie de Bombay, mais aussi sa diversité et son côté grandiose.

Ce livre parle de ce qui fait Bombay aujourd’hui : le commerce, la violence, les bidonvilles, la politique et la multitude de gens, partout, tout le temps.

Paris est « la ville lumière », New-York « la grosse pomme », et Bombay c’est « la Ville Maximum ». Ce surnom est parfait.

A propos des bidonvilles, Mehta écrit ce court passage qui semble refléter assez bien l’état d’esprit des gens qui vivent dans les « slums », état d’esprit qui peut être difficile à comprendre de prime abord (Traduction effectuée par votre serviteur) :

Ils examinent le bureau avec admiration. Amol est propriétaire d’un appartement à Nalasopara. Sumil est propriétaire à Dahisar. Ni l’un ni l’autre ne songerait à déménager du bidonville avec leur famille dans leur bel appartement. Je leur demande pourquoi : « Tu peux me donner une maison n’importe où – Nepean sea road, Bandra [quartiers chics de Bombay, NDT] – mais je ne quitterai pas Jogeshwari » me dit Amol. « Dans les chawls [type de bidonville], on a toutes les commodités », ajoute t-il.

Toutes les commodités serait un terme utilisé par un agent immobilier pour décrire les sanitaires, l’eau courante, un ascenseur, ou une cuisine toute équipée. Mais une autre définition s’applique pour les « commodités » des bidonvilles. « Quand vous revenez du travail, vous pouvez vous poser au bord de la route avec vos potes et discuter. Dans le chawl, on peut dire à nos voisins qu’on a besoin d’aller à l’hôpital et ils viendront tout de suite ».

Potes bidonvilles

C’est la question qui revient souvent: pourquoi les habitants des slums voudraient rester dans des endroits insalubres, sans intimité et sans les « facilités » et le confort qui caractérisent notre existence moderne ?

Parce que les habitants de ces bidonvilles ont leur propre définition du confort: le fait de savoir qu’ils seront toujours soutenu par quelqu’un de la communauté, qu’ils auront toujours quelqu’un à qui parler, quelqu’un pour leur donner un coup de main leur paraît beaucoup plus important que la chasse d’eau dans les toilettes et le parquet marbré dans le salon.

Ils ne considèrent pas leur quartier comme étant un bidonville et d’ailleurs, la plupart de ces quartiers de Bombay n’en sont pas : on pourrait les appeler quartiers informels ou quartiers populaires. En effet ce sont des quartiers avec des habitations souvent en dur, avec l’électricité, parfois l’eau, et plus rarement des toilettes.

Je ne vais évidemment pas vous dire que les quartiers informels de Bombay sont des lieux parfaits où règnent la paix, l’amour, l’amitié et que les considérations matérielles ne sont pas importantes. J’ai l’occasion d’aller régulièrement dans un slum où la vie est loin d’être facile, où certains quartiers sont très pauvres et où les confrontations sociales et communautaires sont, comme dans beaucoup d’endroits à Bombay, omniprésentes.

Mais au final, le principe de base est bien plus simple: pourquoi les gens ne veulent pas partir de ces endroits? Simplement parce qu’ils sont chez eux. Point.

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