Vendeurs de rue, pots-de-vin et siestes crapuleuses

vendeurs de rue

La nourriture de rue est un des symboles de Bombay. Et pourtant, les vendeurs sont accusés de tous les maux et sont constamment l’objet d’amendes et de poursuites alors qu’ils sont une composante importante de la vie sociale de la ville.

 

Pour beaucoup d’Indiens mais aussi d’étrangers, Bombay est synonyme de street-food. La bouffe de rue réunit tout le monde : les riches comme les pauvres, les familles le week-end, aussi bien que les travailleurs pour leur pause déjeuner.

Le vada pav est le roi de Bombay. Il s’agit en substance d’un burger à la pomme de terre ; c’est bon, c’est gros, c’est gras, tout le monde aime ça. Après viennent les Panipuri (sortes de boules frites creuses qu’on mange après les avoir rempli d’un liquide parfumé – dur à expliquer), les Sevpuri (patates, chutney, oignons : que du bon) ou encore les Bhelpuri (riz soufflé).

Bref, y a le choix, c’est bon, très nourrissant, et manger dans la rue vous donnera automatiquement l’impression d’être un Mumbaikar, un vrai de vrai, surtout si vous vous en mettez plein sur le t-shirt et que vous décidez de faire une petite sieste impromptue juste après (quelques photos de sieste de rues crapuleuses).

 

En bas de chez moi, j’ai justement un de ces vendeurs dont je suis un client régulier. Il fait partie des 250 000 vendeurs de rue de Bombay, et comme la plupart, il galère pas mal.

A Bombay, on peut tout acheter dans la rue : nourriture, drogue, portables, ustensiles, vêtements… Ce que vous cherchez, vous aurez de fortes chances de le trouver dans la rue.

En mai dernier est passée une loi qui donne plus de droits et qui réglemente de manière assez flexible le statut et l’activité de ces vendeurs de rue. En effet, avant ça, seuls 15 000 des 250 000 vendeurs avaient une licence leur permettant d’exercer légalement. Les autres devaient payer des pots-de-vin aux flics du coin pour qui c’était une grosse source de revenu (chaque année, le total de ces pots-de-vin atteint plusieurs dizaines de millions d’euros).

Vendeurs de rue, elco market

 

Ces « street hawkers » ne sont pas forcément très bien vu par la population Mumbaikare. En effet, beaucoup d’entre eux sont des immigrés venant d’autres parties de l’Inde et qui dit immigré, dit tous les clichés intemporels sur les immigrés : ils sont sales, ils font du bruit (le fameux « bruit et odeur » est universel, c’est rassurant), ils sont voleurs, ils parlent mal Hindi/Marathi, et ils sont les principaux responsables de l’état actuel de délabrement de la ville de Bombay.

Mais, en vrai, Bombay n’a pas besoin d’eux pour être dans l’état dans lequel elle est…

 

Après une énième descente de police, Ram Babu, un vendeur affilié à un « syndicat de vendeurs  raconte : « Si les flics nous attrapent, on doit payer une amende de 1 250 roupies [16 € pour un européen, mais une somme énorme pour ces vendeurs]. Beaucoup d’entre nous ne peuvent pas se le permettre ».

Rajiv Gupta, un autre vendeur, ajoute : « Mon père avait un stand de fruits avant moi. Ça fait deux décennies que je travaille dans cette rue. Je ne sais pas si aujourd’hui sera un jour rentable, car je suis obligé de me cacher et d’attendre que la police parte pour reprendre mon business. On ne vole personne ! Pourquoi le gouvernement nous traite-t-il de cette manière ? »

 

C’est typique de Bombay, ainsi que de ses paradoxes : plutôt que d’essayer de réglementer et/ou de contrôler ce type de business qui, de toute manière, perdurera quoi qu’il arrive, les gouvernements successifs ont préféré s’attaquer sans réfléchir à tous ces vendeurs, permettant au passage aux flics de s’en mettre pleins les fouilles, ce qui a accentué la situation de misère dans laquelle ces gens, qui ne sont là que pour travailler, sont déjà plongés.

 

(SOURCE)

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