The water mafia : petites combines pour un verre d’eau

Water mafia, fuite d'eau

Flickr/CC/ BMW Guggenheim Lab

A Bombay, il y a des mafias à tous les coins de rue. La mafia de l’eau est l’une d’entre elles, mais ici, pas de poursuite en voiture, d’orgies alcoolisées, ou de règlements de compte sanglants, non, juste des hommes et des femmes qui veulent simplement boire quelques litres d’eau chaque jour.

 

L’eau est le « pétrole du XXIe » siècle, c’est ce qu’on entend parfois et les spéculations quant à la montée du prix de l’eau vont bon train. L’eau se raréfie, il faut donc mieux la gérer.

Et évidemment, ici, à Bombay, il n’y a pas assez d’eau. Et le pire c’est que ce n’est pas dû à une pénurie ou aux sécheresses, mais à des problèmes structurels, économiques et administratifs.

 

Il y a entre 13 et 15 millions d’habitants à Bombay aujourd’hui. La municipalité fournit environ 3 900 millions de litres par jour, alors que le besoin est estimé à 4 500 millions de litres. Il y a donc 600 millions de litres d’eau manquants chaque jour. De plus, les fuites d’eau dans les tuyaux, les petits larcins ainsi que les vols à la source représentent un manque d’environ 25 %. Soit entre 900 et 1 000 millions de litres.

Ce qui nous fait un manque total d’environ un tiers des besoins en eau de la ville.

Sans compter le fait que beaucoup de parties de la ville ne sont pas raccordées à l’eau, notamment dans les bidonvilles : c’est ce déséquilibre qui entraîne des abus.

 

Parmi ces abus, il y a le simple vol d’eau, souvent au moyen de « water pumps », robinets qui permettent de se servir directement aux tuyaux, ou encore le développement d’un marché spéculatif sur l’eau dans les quartiers pauvres, permettant aux habitants légalement raccordés de vendre leur eau à ceux qui ne le sont pas. La « water mafia » c’est ça.

Autant dire que ce n’est pas Al Capone et ses hommes de main, c’est juste l’histoire banale de gens qui veulent boire de l’eau, qui n’en ont pas dans leur robinet et qui cherchent donc un moyen d’en obtenir.

Mais c’est cette « water mafia » que le gouvernement veut sanctionner très lourdement.

 

Water mafia, tuyau d'eau

Flickr/CC/ Meena Kadri

 

Et pourtant, ce type de situation est évitable : par exemple, si tout le monde était raccordé à l’eau gratuitement, et si les prix de l’eau étaient représentatifs du niveau de vie des quartiers raccordés, il n’y aurait pas de business parallèle et le gouvernement gagnerait sans doute plus d’argent qu’aujourd’hui.

Comme l’explique cette étude, des opérations policières ont ainsi été lancées contre ces voleurs d’eau, qui ont été immédiatement remplacés par des sociétés privées de vente d’eau, tout à fait légales, mais qui finalement faisaient la même chose, voire pire que les autres : vendre de l’eau d’une qualité plus que douteuse à un prix élevé.

 La conclusion de tout ça, c’est que les gens pauvres ont droit à moins d’eau que les gens riches (45 litres par jour et par tête, contre 145), mais qu’en plus, ils se retrouvent à payer parfois plus cher que le reste de la ville.

 

C’est souvent le même problème: la criminalité en col blanc est pire que la petite criminalité. L’une veut s’enrichir alors que, souvent, l’autre veut juste survivre.

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *